Conflit entre deux collaborateurs de ton équipe : comment intervenir sans prendre parti

Deux collaborateurs de ton équipe ne se supportent plus. Les échanges sont secs en réunion, les messages passent par des sous-entendus, et le reste de l'équipe commence à se répartir en clans sans même s'en rendre compte. Tu sens que si tu n'interviens pas, ça va finir par affecter la production — ou pire, par te forcer à choisir un camp.
Le réflexe le plus courant est aussi le plus risqué : trancher. Décider qui a raison, qui a tort, et clore le sujet. Ça semble efficace sur le moment, mais ça transforme un désaccord professionnel en jugement personnel — et celui qui "perd" retient surtout que tu n'es pas neutre. L'autre réflexe, tout aussi risqué, c'est d'éviter : espérer que ça se tasse tout seul. Un conflit non traité ne disparaît pas, il se déplace — vers la passive-agressivité, les retards de collaboration, ou un départ.
Diagnostiquer avant d'intervenir
Avant toute médiation, prends dix minutes pour identifier ce que chaque collaborateur fait spontanément face au désaccord. Le framework Thomas-Kilmann distingue cinq postures : l'évitement (on n'en parle pas), l'accommodation (on cède pour avoir la paix), la compétition (on impose sa position), le compromis (on coupe la poire en deux) et la collaboration (on cherche une solution qui satisfait les deux besoins réels).
Si l'un évite et l'autre est en compétition, le premier va s'effacer en apparence tout en accumulant du ressentiment — et le second va croire que le sujet est clos. C'est ce déséquilibre, plus que le désaccord initial, qui envenime la relation. Ton rôle n'est pas de départager un contenu (qui a raison sur le fond) mais de rééquilibrer un processus : faire en sorte que les deux parties négocient à armes égales.
Séparer avant de réunir
Ne programme pas une réunion à trois dès le départ — ça met les deux collaborateurs en position de défense l'un devant l'autre, devant toi en plus. Vois-les séparément d'abord, avec la même question pour chacun : "Qu'est-ce qui s'est passé, factuellement, de ton point de vue ?" Laisse parler sans trancher, note les faits (pas les interprétations), et repère où se situe le vrai besoin non satisfait derrière l'accrochage — reconnaissance, charge de travail perçue comme inéquitable, méthode de travail incompatible, ou simplement un malentendu jamais clarifié.
C'est souvent à ce stade que le "conflit de personnalité" apparent se révèle être un problème de rôle mal défini ou de charge mal répartie — un sujet organisationnel que tu peux résoudre sans réconcilier qui que ce soit sur le plan humain.
Cadrer l'échange à trois
Une fois les deux entretiens faits, réunis les deux collaborateurs avec un cadre explicite posé dès les premières minutes : "Je ne suis pas là pour dire qui a raison. Je suis là pour qu'on trouve, ensemble, un mode de fonctionnement qui tienne." Cette phrase, dite clairement, change la nature de la réunion : elle n'est plus un tribunal, c'est un espace de résolution.
Utilise la structure de la Communication Non Violente pour guider l'échange : chacun décrit un fait observable (sans qualificatif), le sentiment que ça a généré, le besoin réel derrière, puis une demande concrète et réalisable pour la suite. "Quand la réunion de lundi a été annulée sans message, je me suis senti mis de côté, j'ai besoin d'être prévenu même en cas d'urgence, est-ce qu'on peut se mettre d'accord sur un message minimum même express ?" C'est très différent de "tu ne préviens jamais de rien".
Ton rôle pendant l'échange : reformuler, ralentir dès que ça glisse vers le jugement de l'autre plutôt que la description d'un fait, et garder le cap sur un accord concret — pas une réconciliation émotionnelle que tu ne peux ni obtenir ni exiger.
Ce que tu dois trancher, et ce que tu ne dois pas trancher
Il y a une nuance importante : arbitrer un processus ne veut pas dire rester neutre sur tout. Si l'un des deux collaborateurs a un comportement qui dépasse le désaccord légitime — dénigrement devant les autres, rétention d'information volontaire, sabotage — ce n'est plus un conflit à médiatiser, c'est un comportement à recadrer, en tête-à-tête, avec le framework SBI : situation, comportement observé, impact concret sur l'équipe. Ne confonds pas les deux registres : la médiation sert le désaccord légitime, le recadrage sert la limite qui a été franchie.
Faire le suivi
Un accord trouvé en réunion ne tient que si tu le vérifies. Fixe un point de suivi à deux semaines, même bref, pour demander à chacun si l'accord tient dans la pratique. Ce suivi montre que le sujet n'est pas juste "réglé sur le papier" — et il te permet de détecter tôt si le conflit repart, avant qu'il ne s'installe à nouveau silencieusement.
En résumé
- Ne tranche pas sur le fond : ton rôle est de rééquilibrer le processus, pas de désigner un gagnant.
- Vois chaque collaborateur séparément avant toute réunion à trois, pour repérer le besoin réel derrière l'accrochage.
- Cadre l'échange à trois autour d'un objectif commun, et utilise la structure CNV (fait → sentiment → besoin → demande) pour sortir du jugement.
- Distingue le désaccord légitime (à médiatiser) du comportement inacceptable (à recadrer en tête-à-tête, via SBI).
- Programme un point de suivi : un accord non vérifié se délite en silence.
Garder trace des échanges, des accords trouvés et des points de suivi sans tout reconstituer de mémoire trois semaines plus tard — c'est exactement ce que fait Essaie MANA pour toi.
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